• Accueil
  • Médecine familiale: record de postes vacants en résidence

16 septembre 2021

Médecine familiale: record de postes vacants en résidence

Dre Jessica Ruel-Laliberté, nouvelle présidente de la FMRQ

Par Denis Méthot de Profession Santé

Ces trois dernières années, le nombre de postes en résidence de médecine familiale qui n’ont pas été comblés a triplé. En 2021, 76 places disponibles n’ont pas trouvé preneurs. Un record. C’est davantage que dans tout le reste du Canada réuni, déplore-t-on à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Faut-il y voir une perte d’attractivité?

En 2019, 505 postes de résidence en médecine familiale avaient été autorisés; 24 sont restés vacants, selon des données obtenues auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux. En 2020, on comptait 507 postes disponibles, mais 38 ont été boudés. Et cette année, sur les 507 postes affichés, 76 ont été ignorés. Une situation inquiétante, alors que la province a désespérément besoin de médecins de famille et que la liste de patients inscrits au GAMF atteignait 830 000 noms au 31 juillet dernier.

Explications du MSSS

Le MSSS avance quelques facteurs pour expliquer cette tendance. Il note d’abord un nombre plus élevé d’étudiants québécois ayant décidé de poursuivre leur formation en résidence à l’extérieur du Québec et un nombre plus faible d’étudiants du reste du Canada qui ont été admis en résidence au Québec, une baisse qu’il attribue à la COVID et aux changements dans le processus d’entrevue. Selon le MSSS, la COVID aurait aussi diminué l’exposition à la médecine de famille. Le Ministère ne semble toutefois pas s’alarmer du fait que le nombre de postes non comblés a été multiplié par trois en trois ans.

Comme le Québec offre une proportion beaucoup plus grande de postes en médecine familiale que les autres provinces, nous a-t-on expliqué par courriel, on doit s’attendre à ce que les postes non comblés se trouvent principalement dans cette discipline. Il était même souhaitable, dit le Ministère, que 10 à 20 postes demeurent non comblés afin de permettre à des résidents d’intégrer le programme de médecine familiale en cours de formation alors qu’ils étaient en médecine spécialisée, par exemple.

Toutefois, on est bien au-delà des 10 à 20 postes vacants ces deux dernières années.

Hausse du nombre de résidents

Invitée à réagir sur le sujet, la nouvelle présidente de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) nommée le 1er juillet dernier, la Dre Jessica Ruel-Laliberté, souligne que le tableau n’est pas si noir. Le ratio 55/45 de postes en résidence familiale et les efforts de la FMRQ et d’autres acteurs pour valoriser et promouvoir la médecine familiale ont porté fruit, estime-t-elle. Malgré les postes non comblés, le nombre de résidents dans cette spécialité est passé d’environ 400 à 500 annuellement en peu de temps.

Là où le bât blesse, selon la Dre Ruel-Laliberté, c’est que l’image erronée de la médecine familiale qu’on projette aux étudiants la rend plus difficile à «vendre». On leur dépeint la médecine de famille comme une pratique diversifiée où ils pourront faire de l’urgence, de l’obstétrique et du cabinet. Or ce n’est pas nécessairement fidèle à ce qu’ils vont vivre sur le terrain.

«On essaie de leur vendre un certain rêve, une certaine pratique idéale, décrit la présidente de la FMRQ, mais au final, la majorité de ces finissants vont faire de la prise en charge. On ne dit pas que ce n’est pas bon, les Québécois ont besoin d’un médecin de famille, mais les étudiants qui appliquent en résidence s’en parlent entre eux et savent que la réalité sera peut-être différente. Pour nous, ça expliquerait pourquoi il resterait tant de postes vacants.»

Pourquoi ces nouvelles cohortes en 2020 ou 2021 seraient-elles rebutées par la prise en charge et ce type de pratique? «Ce n’est pas que les résidents ou les nouveaux facturants ne veulent pas faire de la prise en charge, répond la Dre Ruel-Laliberté. C’est probablement qu’ils veulent quelque chose de plus diversifié, une pratique plus large que de faire du bureau tous les jours.»

L’obligation d’atteindre des cibles de patients peut aussi en rebuter certains, selon elle. Les nouveaux médecins qui ont une AMP prise en charge doivent inscrire 500 patients la première année, et ceux qui ont une AMP mixte avec prise en charge, 250.

Elle rappelle que les années Barrette et sa Loi 21 ne sont pas si loin et qu’elles continuent à avoir un effet sur les étudiants et sur l’attractivité de la médecine familiale.

La rémunération, pas un facteur majeur

La présidente de la FMRQ ne croit pas par ailleurs que le gros écart de rémunération entre les médecins de famille et les médecins spécialistes contribue à rendre la médecine familiale moins attrayante ou explique l’augmentation des postes vacants depuis trois ans. L’enjeu premier est vraiment le contraste entre la pratique qui est vendue aux étudiants et la pratique réelle qu’ils vont avoir, insiste-t-elle. Bref, les résidents voudraient qu’on leur donne l’heure juste, qu’on leur présente un portrait réel de la pratique qui les attend avant qu’ils s’y engagent.

Changements de dernière minute pour les PREM

La Dre Ruel-Laliberté cite un autre irritant pour les résidents en médecine familiale : des changements de dernière minute apportés aux PREM. Alors qu’une centaine de postes devaient être disponibles sur l’île de Montréal en 2021, le Ministère a décidé de répartir une trentaine d’entre eux en périphérie de Montréal. À quelques mois de postuler, les finissants qui avaient planifié leur stage pour se faire connaître sur l’île et espérer décrocher un de ces postes ont appris qu’une trentaine de places seraient plutôt réparties en Montérégie, à Laval et dans les Laurentides. Si les gens l’avaient su il y a six mois, ils auraient arrangé leurs plans en conséquence, dit la présidente de la FMRQ. Cette affaire a engendré une crise dans sa fédération.

«À la FMRQ, on ne critique pas la décision en tant que telle, mais arriver avec des modifications majeures dans la planification des effectifs peut en rebuter certains», souligne-t-elle.

Il faudra voir en 2022 si la tendance se maintient et que la perte d’attractivité se confirme.